Le Maroc, terre de parures et de traditions séculaires, s’affirme aujourd’hui comme l’un des carrefours les plus dynamiques de la haute joaillerie mondiale. Si l’artisanat local continue de briller par son authenticité, plusieurs grandes maisons internationales, parisiennes, romaines, suisses, sont aujourd’hui distribuées au Maroc, principalement à Casablanca.
Les icônes de la place Vendôme
La joaillerie parisienne occupe une place à part dans les collections marocaines. Ces maisons, nées place Vendôme ou au Palais-Royal, arrivent avec un héritage daté : des adresses, des brevets, des motifs devenus des signatures.
Cartier : le « joaillier des rois » et la collection Panthère
Cartier est la seule des maisons citées ici à exploiter une boutique en propre au Maroc : ouverte le 15 décembre 2016 place des Nations unies à Casablanca, elle est, avec quelque 350 m², la plus grande de la maison sur le continent africain. Si la collection Love reste un symbole de statut social, c’est la Panthère qui tient lieu de signature. Le motif apparaît dès 1914, en taches d’onyx sur fond de diamants ; Jeanne Toussaint, nommée directrice de la joaillerie en 1933, en fait l’emblème de la maison. Il se décline aujourd’hui en bagues et colliers en or blanc ou jaune, sertis de tsavorites et d’onyx.
Van Cleef & Arpels : le trèfle Alhambra et le serti mystérieux
Chez Van Cleef & Arpels, le luxe se fait plus onirique. La maison est devenue une icône culturelle au Maroc grâce à sa collection Alhambra. Ce trèfle à quatre feuilles, bordé de perles d’or et paré de nacre, de malachite ou de cornaline, est devenu le talisman porte-bonheur des femmes élégantes. Au-delà du motif, la maison est identifiée à son « serti mystérieux », procédé déposé en France le 2 décembre 1933 sous le n° 764 966, qui fixe les pierres sans griffe apparente.
Boucheron : la ligne Quatre
Fondée au Palais-Royal en 1858, Boucheron s’installe en 1893 au 26, place Vendôme : elle est le premier joaillier à s’établir sur la place. Au Maroc, la maison n’a pas de boutique en propre ; ses pièces sont vendues par un détaillant multimarque, à Casablanca et à Rabat. La collection Quatre est le fer de lance de cet engouement : un anneau qui superpose quatre motifs sculptés dans l’or (Grosgrain, Ligne Diamants, Double Godron et Clou de Paris). L’anneau se porte indifféremment au masculin et au féminin, ce qui reste rare dans cette gamme de joaillerie.
Rome, New York et la génération suivante
Trois maisons hors du bloc historique de la place Vendôme : Bulgari à Rome, Tiffany & Co. à New York, Messika à Paris depuis 2005. Leur dessin est plus sculptural, et leur situation marocaine très inégale.
Bulgari : l’héritage romain et la collection Serpenti
Inspirée par l’héritage de la Rome antique, Bulgari travaille un style solaire, à volumes pleins et or jaune dominant. La collection Serpenti, apparue à la fin des années 1940 sous forme de montres-bracelets enroulées autour du poignet, repose sur des écailles d’or articulées et des yeux de pierres précieuses, émeraudes ou rubis. Bulgari tient une boutique à Casablanca.
Tiffany & Co. : le Tiffany Setting, et une présence marocaine non établie
Tiffany & Co. fait exception dans cette liste : une franchise a ouvert à Casablanca en 2002, mais la maison ne référence aujourd’hui aucun point de vente au Maroc. Elle est identifiée au « Tiffany Setting », monture à six griffes introduite en 1886, qui a fixé la forme de la bague de fiançailles moderne. Au-delà du solitaire, ses collections T1 et HardWear poursuivent une ligne graphique et urbaine, éloignée du registre des parures traditionnelles.
Messika : le diamant sorti de l’écrin
Fondée à Paris en 2005 par Valérie Messika, fille d’un négociant en diamants, Messika est de loin la plus jeune maison de cette liste. Sa collection Move, lancée en 2007, tient sur un principe simple : trois diamants libres de glisser dans un rail, que la maison présente comme l’amour d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Au Maroc, la marque est vendue par un détaillant multimarque, à Casablanca.
Horlogerie et joaillerie : les maisons à double métier
Certaines maisons exercent deux métiers à la fois : l’horlogerie suisse et la joaillerie. Leurs pièces sont souvent éditées en séries limitées.
Chopard : les Happy Diamonds
Chopard, qui annonce depuis 2018 s’approvisionner exclusivement en or qualifié d’éthique, est identifiée à sa collection Happy Diamonds. Le principe date de 1976 et revient au designer Ronald Kurowski : des diamants encapsulés, libres de toute monture, qui tournent entre deux glaces de saphir. La maison est distribuée à Casablanca, à Rabat et à Marrakech.
Piaget : le travail de l’or et le décor « Palace »
Piaget n’apparaît pas dans le réseau marocain documenté par la maison. La maison figure ici pour son travail de l’or : le décor « Palace », gravure inspirée du guillochage, donne au métal une texture d’étoffe. Ses montres-manchettes et ses bagues de la collection Possession, avec leurs anneaux tournants, reposent sur un anneau mobile, dispositif que la maison a fait sien depuis les années 1990.
Chaumet : l’héritage impérial
Fondée en 1780 par Marie-Étienne Nitot, fournisseur officiel de l’impératrice Joséphine, la maison porte depuis la fin du XIXe siècle le nom de son repreneur, Joseph Chaumet. Elle tient deux adresses au Maroc, à Casablanca et à Rabat. Spécialiste du diadème, la maison décline ce prestige impérial dans sa collection Joséphine, où la bague « Aigrette » imite la forme d’une tiare pour couronner le doigt. Le dessin mêle des structures « fil-couteau » et des diamants de taille poire.
Ce que la carte des implantations dit du marché marocain
La carte réelle est plus étroite que la réputation. Cartier tient la seule boutique en propre, à Casablanca ; Bulgari, Chaumet, Chopard, Boucheron et Messika passent par un détaillant multimarque, présent à Casablanca, à Rabat et à Marrakech. Piaget et Tiffany & Co. n’apparaissent pas dans le réseau marocain que ces maisons documentent en ligne.
Reste ce que ces maisons apportent réellement : des dates, des brevets, des motifs. Ce qu’une pièce vaudra demain n’appartient à aucune d’elles.
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